Voyager pendant 6 mois : et après ?

by Elodie

Un mois.

Un mois s’est passé depuis mon retour de ce voyage d’une vie, ce voyage de 6 mois en camping-car à travers l’Europe (je mens, j’ai attendu avant de cliquer sur publier, donc ça fait un mois et demi).

Mon dernier post sur Instagram à ce sujet disait que j’en parlerais, plus tard. Depuis, je n’ai plus posté. Plus rien écrit. La vie a repris son cours, j’ai repris la photographie pour vous et vos souvenirs, et plus uniquement pour les miens. Et j’adore ce métier, c’est indéniable ! Mais je n’avais juste rien à dire, pour l’instant.

On a enchaîné des retrouvailles, un déménagement, une vie déjà bien remplie. Et la question qu’on m’a le plus posée, c’était : « Alors, ce retour ? Pas trop difficile ? » Et ma réponse était toujours la même : « Oh tu sais, la tête dans le guidon, j’ai pas trop le temps de réfléchir, et c’est certainement mieux comme ça ».

Et oui, c’était mieux comme ça. Mais ça ne dure pas. Il vient un moment où ça retombe. Où tu réalises ce qui vient de se passer. Où tu te rends compte que ce petit rêve que tu as réalisé, il est déjà terminé. Que ces nouvelles découvertes, elles sont passées. J’admire les personnes qui savent revenir et retrouver leur bonheur dans leur quotidien d’avant, directement. Mais honnêtement, la retombée quand tu as vécu un truc pareil, c’est quelque chose (notamment quand t’es un peu trop petit cœur sensible et nostalgique). Mais je savais. Je m’y étais préparée. Je l’ai déjà vécu il y a quelques années en revenant d’Erasmus. Un ovni, voilà comment tu te sens au début.


On se sent un peu vide, un peu en manque de sens. C’est difficile à expliquer, et en même temps je ne sais pas si c’est vraiment possible de l’expliquer à quelqu’un qui ne l’a pas vécu. La vie a suivi son cours ici. Mais pour nous, elle a été tellement différente. On a vécu tellement de choses, vu des paysages tellement incroyables, eu des sensations tellement fortes. Et puis tout prend fin. On rentre, et on se rend compte que tout est toujours pareil, que tout est exactement comme on l’a laissé. Il faut pouvoir s’y retrouver là-dedans. Et ça prend un peu de temps. 

Mais, après un mois, j’avais besoin d’écrire ce qui me passe par la tête, entre deux retouches, et pas sur Instagram. Un texte qui fait suite à celui que j’avais écrit avant de partir, qui est là juste pour être là, pour que je me souvienne. Parce que j’ai la frousse d’oublier tout ça, on oublie trop vite les détails (puis on sait jamais, alzheimer tout ça). C’est exactement pour cette raison que je prends des photos, que j’écris mes itinéraires, mes galères, mes découvertes. C’est écrit, c’est là, et parfois c’est juste nécessaire de le relire. Pourquoi je le publie ? Parce que ça peut servir, parce que c’est légitime de demander comment on gère un retour de voyage de plusieurs mois, parce que chacun est différent. Puis parce que je fais ce que je veux aussi.

Alors, ça donne quoi ce retour, réellement ?

Oui, c’est parfois compliqué. Mais moins que je l’imaginais. Parce qu’on s’est créé un truc sympa en attendant de décider quoi faire de nos vies, de notre Bucky, de nos projets. Et puis j’ai retrouvé mon chat, aussi (fini la belle vie chez papy et mamy). Mais ouais les gars, c’est pas si simple de revenir à une vie « normale ».

En 6 mois, on se crée un tout nouveau quotidien. Ce ne sont pas des vacances de 2 ou 3 semaines. On a le temps de prendre de vraies habitudes, une vraie routine. Et surtout, on a le temps de prendre le temps. Et ça, c’est game changer. C’est une des choses qui m’a le plus marquée, c’est de me rendre compte à quel point on ne prend le temps de rien dans nos vies à 100 à l’heure. Et je ne parle pas forcément de moi. Je parle de tous ces gens qui bossent, qui cumulent parfois plusieurs jobs, qui ont des enfants, qui n’ont pas assez d’heures dans une journée, qui respectent un timing organisé à la minute pour tout gérer, ou en tout cas essayer de gérer. Avoir le temps, c’est un luxe. Et c’est un luxe que j’ai eu la chance d’avoir pendant 6 mois.

Et bien évidemment ce qui va de pair avec le temps, c’est la charge mentale qui en découle. Alors oui, on avait les galères, la gestion de Bucky quand il nous lâchait dans n’importe quel pays, la route qui nous a parfois fait de belles frayeurs. Mais pour le reste, on ne réfléchit pas. On se laisse vivre. On planifie nos visites, les endroits qu’on veut voir, où on va dormir. Et c’est tout. Si je décide de prendre 2h le matin à la place d’une pour boire mon café, je m’en fous. Si je décide que j’aime pas cette ville et que j’ai envie de me rapprocher de la mer, j’y vais. Si j’ai envie de m’arrêter pendant 2 jours et ne rien faire, je peux. Et ça, bordel ça fait du bien !

Donc je pense que ce sont ces aspects qui rendent le retour parfois plus difficile. Parce que justement, quand t’es la tête dans ce fameux guidon, t’es occupée, ça te fait vibrer, enfin c’est mon cas. Mais quand ton cerveau s’arrête, ça te pète à la tronche. Et c’est normal. Et c’est ok. On accepte, et on réapprend à aimer son quotidien, même s’il est différent.

Et donc, la suite ? Parce que c’est bien beau, mais je t’avais vendu du rêve avec les pays nordiques pour 3 mois supplémentaires.

Si t’as suivi le périple sur Instagram, tu sauras que :

  • On a commencé dès le premier jour avec une fissure dans le pare-brise, un phare cassé, et une pièce du poêle qui ne fonctionnait plus (en novembre en Bretagne je te laisse deviner les températures).
  • On s’est arrêtés pendant 2 semaines en France en janvier pour un problème d’embrayage, une révision complète, et un changement de courroie de distribution (on la sent passer celle-là hein).
  • On a été contraints de s’arrêter plusieurs fois quelques jours, beaucoup plus souvent que prévu, à cause du mauvais temps. Les voyageurs rencontrés sur la route étaient unanimes : c’est un hiver particulièrement pourri en Europe cette année (logique, on était là).
  • On a eu des problèmes de freins en arrivant en Croatie. Résultat : 2 passages au garage qui ont explosé le budget et qu’on soupçonne d’être à moitié une arnaque.
  • On a décidé d’arrêter notre itinéraire prévu un mois avant la fin, tellement la météo était catastrophique dans les pays qu’il nous restait à faire. On a donc pris la décision d’aller passer un mois au soleil, en Espagne, pour vraiment profiter avant la fin (prendre des vacances en voyage c’est beau ça).
  • On s’est fait cambriolés sur le chemin vers l’Espagne, en pleine nuit, pendant qu’on dormait.
  • Monsieur est tombé à vélo et nous a gentiment offert une visite des urgences espagnoles.

Et donc, après tout ça, le 2ème départ est un peu remis en question.

Pas parce qu’on en a marre, mais notre Bucky va aller faire petit tour chez le docteur pour voir ce qu’il en est, s’il y a d’autres choses à remplacer, et surtout si on doit consacrer à nouveau du budget dans sa réparation. Ensuite, on verra. Peut-être un mois, peut-être 2, peut-être rien (mouais bon…faut pas déconner non plus).

Et là tu te dis que je suis sûrement en giga méga dépression, au vu de ce que j’avais écris avant de partir (et surtout si tu me connais personnellement). Ben non, ça va. Parce que ce voyage, il m’aura forcément appris des choses sur moi, mes envies, ma façon de vivre. Il m’aura aussi beaucoup appris à relativiser. Malgré les galères, on n’a jamais pensé une seule seconde à tout arrêter. On essayait juste de trouver des solutions. Puis bon, après 30 berges tu gagnes certainement un peu en sagesse aussi, je serais peut-être au bout du rouleau si j’en avais 20.

Ce voyage m’aura aussi fait prendre conscience que vivre à l’étranger sur le long terme, ce n’est plus mon envie aujourd’hui. Partir 6 mois, un an, ce n’est plus un besoin vital. MAIS, le voyage doit faire partie de ma vie, aussi souvent que possible, c’est une certitude. Ma liste est encore trop longue. Et surtout, j’ai besoin d’un meilleur climat, de la mer, et pas uniquement 2 semaines sur l’année. Parce que faut pas se mentir, bordel la Belgique c’est pas cadeau en termes de météo. Donc il nous reste plein de possibilités à explorer. C’est justement à ça que vont servir ces prochains mois : savoir ce qu’on veut (et bosser aussi, quand même, merci à vous chers garagistes).

J’ai encore des tonnes de choses à écrire sur ce voyage, les pays qu’on a visités, tout ce que je peux conseiller, ou déconseiller. Promis, ça arrive. Mais aujourd’hui je voulais d’abord écrire sur ce retour, sur l’après, comment moi j’ai vécu cette expérience.

J’ai vécu dans une bulle, une jolie bulle avec ses coups durs, ses bonheurs, ses enseignements. Notre bulle. Elle nous appartient, et elle fait partie de nous maintenant. Mais eh, qui a dit que ça devait être moins beau en dehors de cette bulle ?

À bientôt,

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